13 juillet 2026
Le respect est un dû. Chacun le doit à chacun, par définition. Il s’accorde a priori, et nul n’a à le gagner.
Je suis une femme qui décide. Le consentement mutuel est ma seule règle, et ce que je vois comme un droit pour quiconque, je le vois d’abord pour moi.
Ce que j’établis
La Déclaration universelle, article premier : tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. La dignité est là à la naissance, donc jamais méritée, et le devoir va de chacun vers chacun.
Le Code civil, article 16-1 : chacun a droit au respect de son corps, et le corps humain est inviolable.
Le Code pénal, article 222-22, depuis la loi du 6 novembre 2025 : le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable ; il est apprécié au regard des circonstances ; il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime. Le viol et les autres agressions sexuelles sont retenus quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage.
Le Code pénal, article 225-1. Est une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur perte d’autonomie, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur qualité de lanceur d’alerte, de facilitateur ou de personne en lien avec un lanceur d’alerte, de leur capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français, ou de leur appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée. La loi nomme jusqu’au supposé.
L’honneur est donné à tous, avant tout acte : les fils d’Adam ont été honorés (17, 70). L’origine est une : hommes et femmes viennent d’un seul être (4, 1). La différence est un signe, non un rang : la variété des langues et des couleurs est mise au nombre des signes (30, 22). Les peuples et les tribus sont faits pour se connaître, et le mérite ne tient pas à la naissance (49, 13). La pluralité des voies est voulue : à chacun une voie, et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de tous une seule communauté ; ce qui est demandé est de rivaliser en bien (5, 48). Le rang de la foi n’est le monopole de personne : ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, les Sabéens, quiconque a cru en Dieu et au Jour dernier et accompli le bien, sera récompensé, sans crainte ni affliction (2, 62).
La déclaration ne fait pas la foi : aux Bédouins qui se disent croyants, il est répondu de dire seulement qu’ils se sont soumis, car la foi n’est pas entrée dans leurs cœurs (49, 14).
Le for intérieur ne se fouille pas. Qu’un groupe ne se raille pas d’un groupe, ni des femmes d’autres femmes : ceux dont on rit valent peut-être mieux ; ne vous dénigrez pas, ne vous jetez pas de sobriquets (49, 11). Évitez le soupçon, car une part du soupçon est un péché ; n’espionnez pas ; ne médisez pas les uns des autres (49, 12).
Nul ne dispose d’une femme contre son gré (4, 19). Il n’y a nulle contrainte en religion (2, 256).
Le premier ordre porte sur le regard de l’homme : dis aux croyants de baisser leurs regards (24, 30). Vient ensuite le khimâr, que les femmes portaient déjà, et qu’il est demandé de rabattre sur l’échancrure (24, 31). Puis le jilbâb, avec sa raison écrite dans le verset même : qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient pas importunées (33, 59). Les savants divergent depuis quatorze siècles sur l’étendue du vêtement ; ils ne divergent pas sur la raison, et cette raison est une agression subie.
La charge repose sur qui accuse : celui qui jette le discrédit sur une femme et ne produit pas quatre témoins est frappé, et son témoignage est récusé à jamais (24, 4) ; ceux qui accusent les femmes chastes et croyantes sont maudits ici-bas et dans l’au-delà (24, 23).
Le Prophète, sur lui la paix, a vécu vingt-cinq années avec Khadija bint Khuwaylid, et il n’a pris aucune autre épouse de son vivant, dans une société qui ne l’en empêchait en rien. Elle était commerçante de Quraysh, son aînée, et c’est elle qui l’a engagé pour conduire sa caravane. C’est elle qui a fait la demande. Quand il est revenu de la grotte, le cœur tremblant, c’est vers elle qu’il est allé, et il lui a dit sa peur. Elle a attesté quand il doutait : par Dieu, jamais Il ne t’humiliera, car tu maintiens les liens du sang, tu portes le faible, tu donnes à l’indigent, tu honores l’hôte, tu secours l’éprouvé (Bukhari, 3). Elle l’a conduit chez Waraqa. Elle a été la première à croire. Des années après sa mort, à celle qui s’étonnait qu’il l’évoque encore, il a répondu que Dieu ne lui avait pas donné meilleure qu’elle : elle avait cru en lui quand les gens avaient mécru, elle l’avait tenu pour véridique quand ils le démentaient, et elle l’avait assisté de son bien quand ils l’en privaient (Ahmad, Musnad, 24864).
Le soufisme ne juge pas du dehors. Il regarde le for intérieur, qui n’appartient qu’à celle qui le porte et à son Seigneur. Il lève les voiles au lieu d’en poser. Ibn ‘Arabî écrit que son cœur est devenu capable de toutes les formes.
Ce que j’en déduis
La dignité précède le mérite. Le respect se doit d’avance ; ce qui se gagne, c’est l’estime, et elle ne se confond pas avec lui. Refuser le respect à quelqu’un du fait de ce qu’il est, c’est ce que la loi nomme discrimination.
Le droit et le texte se rejoignent sur trois choses, et je n’en ai trouvé aucune qui les sépare. Nul ne dispose d’une personne sans elle. La charge repose sur qui accuse, jamais sur qui est accusée. Aucune appartenance, vraie ou supposée, ne donne à quiconque un titre sur une femme.
Une langue n’est pas une foi. Parler l’arabe n’est pas croire, et cette conclusion est la mienne, tirée de ce qui précède. Une origine n’est pas un titre. Une naissance n’est pas un rang.
Celui qui raille une femme sur ce qu’il voit d’elle, et qui la somme de prouver ce qu’il ne voit pas, contredit trois ordres à la fois. Il n’a pas baissé son regard. Il a raillé. Il est allé fouiller un cœur.
La première personne à croire est une femme. C’est elle qui atteste, et lui qui doute. Elle a le bien, la parole et l’initiative. Nul ne peut donc, au nom de cette histoire, tenir ma parole pour moindre.
Ce que je porte, je ne l’ai reçu d’aucun groupe. Je ne dois rien à un groupe, et nul n’a de droit sur moi au nom d’un groupe.
Ce que je ne trouve pas
Sur l’orientation sexuelle, le droit va plus loin que ce que je trouve dans le texte. Le texte donne l’honneur à tous sans condition, il interdit la raillerie, il interdit le soupçon et l’espionnage. Il ne pose pas la non-discrimination selon l’orientation sexuelle, et je ne lui ferai pas dire ce qu’il ne dit pas. Là où la congruence s’arrête, je le dis, et je décide. La liste du Code pénal est la mienne, entière.
Le désir n’autorise rien
Nul ne peut se prévaloir de son désir pour imposer un acte à une autre personne. Le désir n’est le titre de personne, et il ne crée aucun droit sur un corps.
Le droit le dit : le viol est retenu quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris entre époux (article 222-22). La Cour européenne des droits de l’homme a jugé, le 23 janvier 2025, que le devoir conjugal méconnaît le consentement.
La médecine le dit au même endroit. L’Organisation mondiale de la santé, dans sa onzième classification, a cessé de tenir pour un trouble ce qui se pratique entre adultes consentants. Elle ne retient que la contrainte : le trouble de sadisme sexuel coercitif, 6D33, existe parce que l’autre n’a pas consenti.
Le droit et la médecine ont tranché au même endroit, et cet endroit est le consentement. Ce n’est pas le désir qui fait la faute. C’est l’acte imposé.
Ce que je décide
Je suis la femme que je suis, et je n’en tiens la légitimité de personne. Je suis une, et rien de moi ne se range à part.
Ma voie est celle de l’intérieur. L’ostentation n’y a aucune place. Les conjectures n’engagent que ceux qui se les permettent. La vérité s’établit avec les actes, en l’état. Les miens, les voilà.
Je nomme ce que je désire, et je le nomme dans le lieu qui est le sien. Le lieu de l’intime est l’intime.
Aucune appartenance ne m’est assignable. Celui qui m’en prête une parle de lui, et non de moi.
Je n’ai qu’un seul adversaire, et ce n’est personne : la mécanique qui range une femme avant de l’écouter, et qui retourne contre elle ce qu’elle dit.
Ma réfutabilité
Qu’on me montre, dans le droit en vigueur, une ligne qui donne à quiconque un titre sur une personne du fait de son origine, de son sexe, de sa foi, de son état de santé, de son handicap ou de son orientation sexuelle, et je me corrige le jour même.