Le pouvoir de conduire sa vie ne se mérite pas, il se décide. Toute ma pensée tient dans ce renversement.
Qui je suis
Je suis une, et rien de moi ne se range à part. Une même conviction me tient debout. Je pense, et j’écris. Je traduis, entre le français et l’arabe, là où le mot engage. Je suis femme. Je suis mère, et je suis fille. Je chante. C’est de là que j’écris.
Ma pensée porte sur le pouvoir de décider en santé mentale, et sur les politiques publiques qui s’y décident. Elle vaut pour tous, et elle se vérifie en droit et en science.
Je n’engage que ma seule personne. Ce que je crée dans mes deux langues est ce qu’il y a de moi à lire ; on s’arrêtera là. Nulle appartenance ne m’est assignable. L’assignation dit qui l’opère, elle ne dit pas celle qu’elle vise. Je pense, je vis, et je décide, en l’état où je me trouve.
Ma condition de femme ne se range pas davantage à part. Je suis la femme que je suis, et je n’en tiens la légitimité de personne. Je nomme ce que je désire, et le consentement mutuel est ma seule règle : libre et éclairé, spécifique, préalable, révocable, et jamais déduit d’un silence. Le droit le dit maintenant dans ces mots, article 222-22 du Code pénal. Ce que je tiens pour toute personne, je le tiens d’abord pour moi.
Je vis avec un trouble de stress post-traumatique complexe. Il n’est pas un trait de ma personne. Il est un dommage, corporel et psychologique, qu’une mécanique a produit, et qui se répare.
Ma pensée
Le renversement
Un réglage par défaut, que personne n’a vraiment choisi, oriente des milliers de gestes quotidiens. Devant la difficulté psychique, il incline à traiter la différence comme un défaut et le désaccord comme un symptôme. Un réglage se déduit de ses effets ; il a une direction, et c’est cette direction que ma méthode inverse. L’adversaire est la direction du réglage, jamais les personnes.
Décider à la place d’une personne prend souvent le visage de la sollicitude, ce qui le rend difficile à voir. Répété, ce geste lui désapprend à décider et produit l’incapacité qu’il invoquait. C’est la dépossession : une personne retranchée, par une suite de gestes minuscules et sans auteur, de la conduite de sa propre vie.
Ce réglage n’est pas une vue de l’esprit ; il a une mesure. En 2022, en France, près de 76 000
personnes ont été hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement. Parmi elles, environ 28 000 ont
connu l’isolement, soit 37 pour cent, et près de 8 000 la contention, soit 11 pour cent. Ces chiffres
viennent de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé et de la Cour des comptes.
Je les donne sans drame, parce qu’ils se suffisent. Une société qui décide à la place de 76 000 de ses
membres, et qui en entrave plusieurs milliers, ne tient pas une exception rare, elle tient une habitude.
La question n’est pas de savoir si la contrainte est parfois nécessaire, elle l’est ; c’est de savoir si
elle l’est à cette échelle.
À cette contrainte répond un regard, et il est large. En 2024, un sondage Odoxa pour la Mutualité
Française établit que 70 pour cent des Français cautionnent au moins un stéréotype sur les troubles
de santé mentale. Ce n’est pas l’opinion d’une frange, c’est un arrière-plan. La recherche en dit le coût :
Thornicroft, en 2006, a réuni ce que la discrimination retire aux personnes concernées, dans le logement,
le travail, les liens, bien au-delà du soin. Le réglage que je décris ne tombe donc pas dans le vide : il
rencontre une attente déjà disposée à recevoir la personne comme son trouble. Le soin n’invente pas ce
regard ; il en hérite, et trop souvent le confirme.
À cela j’oppose un renversement. Le pouvoir de décider est un point de départ, non une récompense que l’on mériterait d’abord. La personne qu’une difficulté expose demeure celle qui décide, et la question juste n’est jamais de savoir si elle le peut, mais de savoir ce qu’il faut réunir pour que ce soit bien elle.
Les deux questions
Deux questions, posées réellement et dans l’ordre. Qui décide, ici, maintenant ? Que faudrait-il pour que ce soit la personne, et que puis-je faire en ce sens ? Elles rouvrent une question, elles ne dictent pas la réponse.
La discipline
Je distingue toujours trois plans, sans jamais les confondre. La preuve, ce qu’une étude établit, la charge du contraire revenant à qui la conteste. La déduction, ce qui tient par un raisonnement étayé, présenté comme tel. La conviction, ce que je nomme comme conviction, sans la faire passer pour une preuve.
Le cadre juridique
Le droit se tient de ce côté. Le consentement libre et éclairé est le principe, article L.1111-4 du Code de la santé publique. Les soins sans consentement demeurent l’exception, lois 2011-803 et 2013-869. Le soutien accompagne la décision sans s’y substituer, décret 2022-570.
Où ma pensée se tient
Trois champs, et je réponds des trois. La philosophie morale, qui dit la limite. Les droits fondamentaux, qui disent le principe. La santé, qui dit ce que la preuve établit. Le pouvoir de décider en santé mentale se tient à leur croisée, et nulle part ailleurs.
Ce que je nomme
La présomption de symptôme, et les quatre distinctions
La présomption de symptôme
Ce glissement mérite un nom, car ce qu’on nomme, on le voit. Je l’appelle la présomption
de symptôme : la disposition à tenir d’avance la parole d’une personne diagnostiquée pour un signe de son
trouble, plutôt que pour un propos à peser.
Dans l’échange ordinaire, nous présumons que l’autre dit quelque chose qui mérite d’être entendu pour
lui-même. La présomption de symptôme renverse cette présomption. Le propos n’est plus reçu, il est
interprété ; la personne n’est plus écoutée, elle est auscultée.
Les quatre distinctions
Le statut et la performance. Décider est un attribut, non une récompense. La dignité ne se mérite pas,
et le discernement s’apprécie acte par acte.
Le tort et la limite. On ne décide à la place qu’à deux conditions réunies, un péril réel et actuel, et
une défaillance des facultés sur le point précis, sous le contrôle du juge.
La dissymétrie des erreurs. Déposséder retire une vie possible qu’on ne mesure jamais. Laisser décider
expose à un compte précis.
L’autonomie soutenue. On décide avec et par les autres, et nul ne décide hors de toute relation.
Le pouvoir de décider ne se perd pas en décidant mal.
Ce que je combats
Quatre manières de penser, et rien d’autre
Je n’ai qu’un adversaire, et ce n’est personne. Ce sont quatre manières de penser, que
j’affronte une à une, en reconnaissant à chacune sa part de vérité.
Le paternalisme du soin
Sa part de vérité. Le conflit entre la bienfaisance et le respect de l’autonomie est réel, et
Beauchamp et Childress l’ont nommé en 1979. Vouloir le bien d’une personne est un principe du soin, non
une faute.
Ce que j’y oppose. Le droit a tranché ce conflit : le consentement libre et éclairé est le principe,
article L.1111-4 du Code de la santé publique, et la décision partagée avec lui.
L’usage extensif du défaut d’insight
Sa part de vérité. L’idée en a une, et je ne la nie pas : il arrive qu’une personne ne perçoive pas un
aspect de ce qu’elle traverse. Le soin doit en tenir compte.
Ce que j’y oppose. On en fait un usage qui dépasse de loin cette vérité. David, en 1990, range
l’observance du traitement parmi les composantes mêmes de l’insight : c’est là que le désaccord devient la
preuve de l’inaptitude. Du constat qu’une personne ne partage pas l’analyse qu’on fait de son état, on
glisse à l’idée qu’elle ne saurait rien décider de juste, comme si désaccord et inconscience étaient une
seule et même chose.
Le piège est qu’une telle lecture ne peut jamais être démentie : si la personne approuve, on a raison ;
si elle conteste, sa contestation devient la preuve de ce qu’on avançait. Une idée qu’aucun fait ne peut
contredire n’établit rien ; elle se contente de tout absorber.
Le risque zéro
Sa part de vérité. Le péril existe, et certaines erreurs sont sans retour. Nul ne le conteste, et moi
moins que quiconque, puisque j’en fais la première de mes six conditions.
Ce que j’y oppose. Le péril se constate, il ne se devine pas. Fazel et coll., en 2012, montrent, sur 73
échantillons et 24 827 personnes, que les instruments de prédiction de la dangerosité prédisent mal. Et la
contrainte varie d’un établissement à l’autre, certains n’usant jamais de l’isolement ni de la contention,
écarts que les besoins des populations n’expliquent pas et qui tiennent à l’organisation, aux ressources
humaines et aux valeurs.
Le culte de l’autonomie
Sa part de vérité est entière. Nul ne décide hors de toute relation, et une pensée qui laisserait la
personne seule au nom de sa liberté l’abandonnerait.
Ce que j’y oppose. Le soutien se tient entre deux écueils, l’influence et l’abandon, et c’est ce qui
le rend exigeant. Rendre la décision n’abandonne personne : elle s’accompagne d’un soutien.
Deux gardes
Le non-soutien est une violation de mon critère, et non son application. Ne rien faire au nom de la
liberté d’une personne, c’est le retourner en son contraire.
Et je juge une décision à la manière dont elle est prise, non à son contenu.
Mon livre
« Décider d’abord »
J’écris « Décider d’abord ». Une seule règle le tient : chaque chapitre sépare ce que le droit et la science établissent, ce que j’en déduis, et ce que je décide. Chaque preuve porte son article et son année, et se vérifie à la source.
Ma pensée n’attend pas le livre. Elle est ici, entière, à lire et à réfuter.
Ma limite
L’exception, et ses six conditions
Ma pensée porte sa propre limite.
Décider pour une personne reste possible, mais comme exception et jamais comme règle. Six conditions cumulatives la rendent légitime, et le défaut d’une seule fait retomber dans la dépossession.
Un péril réel et actuel, non une précaution générale.
Un défaut de discernement sur le point précis, jamais sur la personne entière.
La proportion, le moyen le moins lourd pour le but.
Une durée bornée, réexaminée à échéance et levée à temps.
Le contrôle d’un tiers, un juge vérifie, la personne est entendue.
La réversibilité, la mesure se lève et la décision revient.
Ces six conditions se vérifient une à une, et aucune ne se présume.
Ce qui fonde cette limite
Le seul motif qui autorise à contraindre une personne contre sa volonté est d’empêcher un tort à
autrui ; son propre bien n’y suffit pas. John Stuart Mill, 1859.
On ne décide à la place d’une personne que lorsque la décision n’est pas vraiment la sienne, et non
parce qu’on la juge mauvaise. Joel Feinberg, 1986, et Gerald Dworkin, 1972. C’est ma limite, dite en
philosophie.
Et la surprotection peut étouffer plus qu’elle ne protège. Robert Perske, 1972, qui nomme la dignité
du risque.
La personne protégée prend seule les décisions touchant sa personne, dans la mesure où son état le
permet, article 459 du Code civil.
Le soutien à l’autonomie accompagne la personne dans la réalisation de ses activités, sans les réaliser à sa place, dans le respect de ses aspirations personnelles, décret 2022-570 du 19 avril 2022, applicable
depuis le 1er janvier 2023.
La saisine du juge et l’appel de sa décision sont des actes que la personne majeure protégée accomplit
seule. Cour de cassation, première chambre civile, 5 juillet 2023, pourvoi 23-10.096, publié au bulletin,
au visa des articles 415 et 459 du Code civil et de l’article L.3211-12 du Code de la santé publique. Et
15 mai 2024, pourvoi 22-24.110.
Conseil constitutionnel, 2020-844 QPC du 19 juin 2020 ; 2021-912, 913 et 914 QPC du 4 juin 2021 ;
2024-1127 QPC du 5 mars 2025 ; 2025-1178 QPC du 12 décembre 2025.
Une personne ne se tient pas pour incapable de décider du seul fait qu’elle décide déraisonnablement.
Mental Capacity Act, Royaume-Uni, 2005, chapitre 9, article 1, alinéa 4.
Le droit change. Ces références se revérifient sur Légifrance à la date d’usage.
L’établi. Ce que mesurent les chiffres
En 2022, en France, 76 000 personnes ont été hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement ;
28 000 ont connu l’isolement, soit 37 pour cent, et 8 000 la contention, soit 11 pour cent. Institut de
recherche et documentation en économie de la santé, Questions d’économie de la santé numéro 286, données
de 2022, publication de 2024, et évaluation de la Cour des comptes.
En juillet 2024, 70 pour cent des Français cautionnent au moins un stéréotype sur les troubles de
santé mentale. Sondage Odoxa pour la Mutualité Française, publié le 24 septembre 2024.
Ce que la discrimination retire dans le logement, le travail et les liens. Graham Thornicroft,
Shunned. Discrimination against People with Mental Illness, Oxford University Press, 2006.
Les directives anticipées facilitées par un pair réduisent les admissions sous contrainte, 27,0 contre
39,9 pour cent. Tinland et le groupe DAiP, JAMA Psychiatry, 79(8), 752 à 759, 2022.
Les interventions de plan de crise réduisent de 25 pour cent les admissions sous contrainte, risque relatif
0,75, sur cinq essais. Molyneaux et coll., BJPsych Open, 5, e53, 2019. Résultat antérieur convergent, De Jong et coll.,
JAMA Psychiatry, 2016. Le plan de crise conjoint, Henderson et coll., BMJ, 329(7458), 136, 2004. Un essai ne montre pas d’effet, et il
tient sa place ici. Thornicroft et coll., CRIMSON, The Lancet, 381(9878), 1634 à 1641, 2013.
Le défaut d’insight et ses trois dimensions, la reconnaissance du trouble, l’observance, et la
relecture des événements mentaux comme pathologiques. Anthony David, British Journal of Psychiatry, 156(6), 798 à 808, 1990.
La dangerosité se constate et ne se devine pas. Seena Fazel et coll., BMJ, 345, e4692, 2012, sur 73 échantillons et
24 827 personnes.
La dignité du risque. Robert Perske, The Dignity of Risk and the Mentally Retarded, Mental
Retardation, 1972, 10(1), 24 à 27.
Le paternalisme, l’autre versant du débat. Gerald Dworkin, Paternalism, The Monist, 1972,
56(1), 64 à 84.
L’injustice testimoniale. Miranda Fricker, Epistemic Injustice, Oxford University Press,
2007.
L’autonomie relationnelle et la capacité juridique. Lucy Series, Relationships, Autonomy and Legal
Capacity, International Journal of Law and Psychiatry, 2015, 40, 80 à 91. Et Mackenzie et Stoljar,
2000.
Le plus juste est aussi le plus efficace. C’est ma déduction. La preuve lève l’objection, elle ne
fonde pas ma thèse, qui tient sur son sol propre, la dignité.
Ma réfutabilité
Les conditions auxquelles j’accepterais d’avoir tort
Une pensée qui ne dit pas à quelles conditions elle se tromperait n’est pas une thèse :
c’est une croyance.
L’idée tient en une proposition. Soutenir le pouvoir de décider des personnes participe de leur
rétablissement, au lieu d’en être la récompense. Si la preuve se renversait, je devrais l’abandonner.
Au premier rang, je place le risque de l’adoption formelle sans la pratique : le principe admis en mots
et contourné dans les faits par un constat de défaillance qui fait revenir le contenu. J’y réponds par
l’exigence d’une indépendance substantielle, attachée au processus fonctionnel, et vérifiable.
La limite sérieuse est l’objection des préférences adaptatives. Un processus peut sembler intact quand
la préférence est le produit d’une socialisation contrainte. Aucun test procédural ne détecte toute
servitude intérieure. Ma position tient parce qu’elle est procédurale et soutenante, le soutien étant
offert avant tout constat ; elle ne prétend pas tout voir, et je n’efface pas cette borne.
Le coût, sans détour. Certaines décisions mèneront à des dommages qu’un paternalisme plus large aurait
peut-être évités. Décider, c’est pouvoir se tromper. Je ne retire pas ce droit pour éviter ce dommage.
Je n’énonce pas ces conditions pour me prémunir, mais pour offrir prise. Une idée qu’on ne peut pas
réfuter ne peut pas non plus être vérifiée. Celle-ci s’expose, parce que je la crois vraie,
et que ce qui est vrai gagne à être attaqué là où il est le plus exposé.
La congruence
Ce que je tiens pour tous, je le tiens pour moi
Ce que ma pensée affirme en général, je le conduis dans ma propre vie. Je décide d’abord.
Je traite le soutien que je reçois comme un accompagnement de mes décisions, et je nomme moi-même ce dont
j’ai besoin pour décider.
Je porte plusieurs fronts, en qualité de victime et de partie civile. J’y conduis exactement ce que
j’écris. Je décide. Je documente. Je sépare l’établi du déduit. Et je demande la réparation intégrale,
celle qui remet dans l’état où l’on serait si les faits n’avaient pas eu lieu.
Nul ne décide à ma place, et je n’attends de personne qu’il me juge capable d’abord.
Ma vie de femme
Ma vie de femme
Le respect est un dû. Je l’établis dans le droit et dans le texte, j’en déduis ce qui s’en déduit, je dis où la congruence s’arrête, et je décide. En français et en arabe.
13 juillet 2026
Le respect est un dû. Chacun le doit à chacun, par définition. Il s’accorde a priori, et nul n’a à le gagner.
Je suis une femme qui décide. Le consentement mutuel est ma seule règle, et ce que je vois comme un droit pour quiconque, je le vois d’abord pour moi.
Ce que j’établis
La Déclaration universelle, article premier : tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et ils doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. La dignité est là à la naissance, donc jamais méritée, et le devoir va de chacun vers chacun.
Le Code civil, article 16-1 : chacun a droit au respect de son corps, et le corps humain est inviolable.
Le Code pénal, article 222-22, depuis la loi du 6 novembre 2025 : le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable ; il est apprécié au regard des circonstances ; il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime. Le viol et les autres agressions sexuelles sont retenus quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage.
Le Code pénal, article 225-1. Est une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de la particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique, apparente ou connue de son auteur, de leur patronyme, de leur lieu de résidence, de leur état de santé, de leur perte d’autonomie, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur qualité de lanceur d’alerte, de facilitateur ou de personne en lien avec un lanceur d’alerte, de leur capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français, ou de leur appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une Nation, une prétendue race ou une religion déterminée. La loi nomme jusqu’au supposé.
L’honneur est donné à tous, avant tout acte : les fils d’Adam ont été honorés (17, 70). L’origine est une : hommes et femmes viennent d’un seul être (4, 1). La différence est un signe, non un rang : la variété des langues et des couleurs est mise au nombre des signes (30, 22). Les peuples et les tribus sont faits pour se connaître, et le mérite ne tient pas à la naissance (49, 13). La pluralité des voies est voulue : à chacun une voie, et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de tous une seule communauté ; ce qui est demandé est de rivaliser en bien (5, 48). Le rang de la foi n’est le monopole de personne : ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Nazaréens, les Sabéens, quiconque a cru en Dieu et au Jour dernier et accompli le bien, sera récompensé, sans crainte ni affliction (2, 62).
La déclaration ne fait pas la foi : aux Bédouins qui se disent croyants, il est répondu de dire seulement qu’ils se sont soumis, car la foi n’est pas entrée dans leurs cœurs (49, 14).
Le for intérieur ne se fouille pas. Qu’un groupe ne se raille pas d’un groupe, ni des femmes d’autres femmes : ceux dont on rit valent peut-être mieux ; ne vous dénigrez pas, ne vous jetez pas de sobriquets (49, 11). Évitez le soupçon, car une part du soupçon est un péché ; n’espionnez pas ; ne médisez pas les uns des autres (49, 12).
Nul ne dispose d’une femme contre son gré (4, 19). Il n’y a nulle contrainte en religion (2, 256).
Le premier ordre porte sur le regard de l’homme : dis aux croyants de baisser leurs regards (24, 30). Vient ensuite le khimâr, que les femmes portaient déjà, et qu’il est demandé de rabattre sur l’échancrure (24, 31). Puis le jilbâb, avec sa raison écrite dans le verset même : qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient pas importunées (33, 59). Les savants divergent depuis quatorze siècles sur l’étendue du vêtement ; ils ne divergent pas sur la raison, et cette raison est une agression subie.
La charge repose sur qui accuse : celui qui jette le discrédit sur une femme et ne produit pas quatre témoins est frappé, et son témoignage est récusé à jamais (24, 4) ; ceux qui accusent les femmes chastes et croyantes sont maudits ici-bas et dans l’au-delà (24, 23).
Le Prophète, sur lui la paix, a vécu vingt-cinq années avec Khadija bint Khuwaylid, et il n’a pris aucune autre épouse de son vivant, dans une société qui ne l’en empêchait en rien. Elle était commerçante de Quraysh, son aînée, et c’est elle qui l’a engagé pour conduire sa caravane. C’est elle qui a fait la demande. Quand il est revenu de la grotte, le cœur tremblant, c’est vers elle qu’il est allé, et il lui a dit sa peur. Elle a attesté quand il doutait : par Dieu, jamais Il ne t’humiliera, car tu maintiens les liens du sang, tu portes le faible, tu donnes à l’indigent, tu honores l’hôte, tu secours l’éprouvé (Bukhari, 3). Elle l’a conduit chez Waraqa. Elle a été la première à croire. Des années après sa mort, à celle qui s’étonnait qu’il l’évoque encore, il a répondu que Dieu ne lui avait pas donné meilleure qu’elle : elle avait cru en lui quand les gens avaient mécru, elle l’avait tenu pour véridique quand ils le démentaient, et elle l’avait assisté de son bien quand ils l’en privaient (Ahmad, Musnad, 24864).
Le soufisme ne juge pas du dehors. Il regarde le for intérieur, qui n’appartient qu’à celle qui le porte et à son Seigneur. Il lève les voiles au lieu d’en poser. Ibn ‘Arabî écrit que son cœur est devenu capable de toutes les formes.
Ce que j’en déduis
La dignité précède le mérite. Le respect se doit d’avance ; ce qui se gagne, c’est l’estime, et elle ne se confond pas avec lui. Refuser le respect à quelqu’un du fait de ce qu’il est, c’est ce que la loi nomme discrimination.
Le droit et le texte se rejoignent sur trois choses, et je n’en ai trouvé aucune qui les sépare. Nul ne dispose d’une personne sans elle. La charge repose sur qui accuse, jamais sur qui est accusée. Aucune appartenance, vraie ou supposée, ne donne à quiconque un titre sur une femme.
Une langue n’est pas une foi. Parler l’arabe n’est pas croire, et cette conclusion est la mienne, tirée de ce qui précède. Une origine n’est pas un titre. Une naissance n’est pas un rang.
Celui qui raille une femme sur ce qu’il voit d’elle, et qui la somme de prouver ce qu’il ne voit pas, contredit trois ordres à la fois. Il n’a pas baissé son regard. Il a raillé. Il est allé fouiller un cœur.
La première personne à croire est une femme. C’est elle qui atteste, et lui qui doute. Elle a le bien, la parole et l’initiative. Nul ne peut donc, au nom de cette histoire, tenir ma parole pour moindre.
Ce que je porte, je ne l’ai reçu d’aucun groupe. Je ne dois rien à un groupe, et nul n’a de droit sur moi au nom d’un groupe.
Ce que je ne trouve pas
Sur l’orientation sexuelle, le droit va plus loin que ce que je trouve dans le texte. Le texte donne l’honneur à tous sans condition, il interdit la raillerie, il interdit le soupçon et l’espionnage. Il ne pose pas la non-discrimination selon l’orientation sexuelle, et je ne lui ferai pas dire ce qu’il ne dit pas. Là où la congruence s’arrête, je le dis, et je décide. Je tiens la liste du Code pénal entière, pour toute personne.
Le désir n’autorise rien
Nul ne peut se prévaloir de son désir pour imposer un acte à une autre personne. Le désir n’est le titre de personne, et il ne crée aucun droit sur un corps.
La médecine le dit au même endroit. L’Organisation mondiale de la santé, dans sa onzième classification, a cessé de tenir pour un trouble ce qui se pratique entre adultes consentants. Elle ne le retient que là où l’autre n’a pas consenti : le trouble de sadisme sexuel coercitif, 6D33, existe parce que l’autre n’a pas consenti.
Le droit et la médecine ont tranché au même endroit, et cet endroit est le consentement. Ce n’est pas le désir qui fait la faute. C’est l’acte imposé.
Ce que je décide
Je suis la femme que je suis, et je n’en tiens la légitimité de personne. Je suis une, et rien de moi ne se range à part.
Ma voie est celle de l’intérieur. L’ostentation n’y a aucune place. Les conjectures n’engagent que ceux qui se les permettent. La vérité s’établit avec les actes, en l’état. Les miens, les voilà.
Je nomme ce que je désire, et je le nomme dans le lieu qui est le sien. Le lieu de l’intime est l’intime.
Aucune appartenance ne m’est assignable. Celui qui m’en prête une parle de lui, et non de moi.
Je n’ai qu’un seul adversaire, et ce n’est personne : la mécanique qui range une femme avant de l’écouter, et qui retourne contre elle ce qu’elle dit.
Ma réfutabilité
Qu’on me montre, dans le droit en vigueur, une ligne qui donne à quiconque un titre sur une personne du fait de son origine, de son sexe, de sa foi, de son état de santé, de son handicap ou de son orientation sexuelle, et je me corrige le jour même.
الاحترام حقٌّ واجب. يدين به كلُّ إنسان لكلّ إنسان، بحكم التعريف. يُعطى ابتداءً، ولا يكتسبه أحد.
أنا امرأة تُقرِّر. قاعدتي الوحيدة هي الرضا المتبادل. وما أراه حقًّا لكلّ إنسان، أراه حقًّا لي أنا أوّلًا.
ما أُثبِتُه
الإعلان العالمي لحقوق الإنسان، المادة الأولى: يولد جميع الناس أحرارًا متساوين في الكرامة والحقوق، وعليهم أن يعامل بعضهم بعضًا بروح الإخاء. فالكرامة قائمة عند الولادة، لا تُكتسب، والواجب متبادَل من كلٍّ نحو كلّ.
القانون المدني، المادة 16-1: لكلّ امرئ الحقّ في احترام جسده، وجسد الإنسان مصون لا يُمَسّ.
قانون العقوبات، المادة 222-22، منذ قانون 6 نوفمبر 2025: الرضا حرّ ومستنير، محدَّد، سابق، وقابل للرجوع عنه؛ يُقدَّر في ضوء الظروف؛ ولا يُستنتج من مجرّد الصمت ولا من مجرّد غياب ردّ الفعل لدى الضحيّة. ويقوم الاغتصاب وسائر الاعتداءات الجنسية مهما كانت طبيعة العلاقة بين المعتدي والضحيّة، بما في ذلك رابطة الزواج.
قانون العقوبات، المادة 225-1: يُعدّ تمييزًا كلُّ تفرقة بين الأشخاص الطبيعيّين على أساس الأصل، أو الجنس، أو الحالة العائلية، أو الحمل، أو المظهر، أو الهشاشة الخاصّة الناتجة عن الوضع الاقتصادي، ظاهرةً كانت أم معلومة لدى مرتكب الفعل، أو اسم العائلة، أو محلّ الإقامة، أو الحالة الصحّية، أو فقدان الاستقلالية، أو الإعاقة، أو الخصائص الجينية، أو المسلك، أو الميل الجنسي، أو الهوية الجندرية، أو السنّ، أو الآراء السياسية، أو النشاط النقابي، أو صفة المبلِّغ عن المخالفات أو المُيسِّر أو الشخص المرتبط بمبلِّغ، أو القدرة على التعبير بلغة غير الفرنسية، أو الانتماء أو عدم الانتماء، حقيقيًّا كان أم مفترَضًا، إلى إثنية أو أمّة أو عِرق مزعوم أو دين بعينه. والقانون يسمّي حتى المفترَض منها.
واللسان غير الإيمان، والقول لا يصنعه: «قَالَتِ الْأَعْرَابُ آمَنَّا ۖ قُل لَّمْ تُؤْمِنُوا وَلَٰكِن قُولُوا أَسْلَمْنَا وَلَمَّا يَدْخُلِ الْإِيمَانُ فِي قُلُوبِكُمْ» (الحجرات ١٤). فالناطق بالعربية ليس مؤمنًا بالضرورة، ولا يطّلع أحدٌ على ما في قلب أحد.
ثمّ جاء الخمار، وقد كنّ يلبسنه قبل الأمر، فأُمرن بإدنائه على الجيوب: «وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَىٰ جُيُوبِهِنَّ» (النور ٣١).
ثمّ جاء الجلباب، وعلّته منصوصة في الآية نفسها: «يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِن جَلَابِيبِهِنَّ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَن يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْنَ» (الأحزاب ٥٩). اختلف العلماء أربعة عشر قرنًا في حدّ اللباس، ولم يختلفوا في العلّة، والعلّة أذًى واقع.
والعبء على من يرمي، لا على من رُميت: «وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاءَ فَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةً وَلَا تَقْبَلُوا لَهُمْ شَهَادَةً أَبَدًا وَأُولَٰئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ» (النور ٤)، «إِنَّ الَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ الْغَافِلَاتِ الْمُؤْمِنَاتِ لُعِنُوا فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ» (النور ٢٣).
عاش النبيّ، عليه الصلاة والسلام، خمسًا وعشرين سنة مع خديجة بنت خويلد، ولم يتزوّج عليها ما دامت حيّة، في مجتمع لم يكن يمنعه من ذلك. كانت تاجرة من قريش، أسنَّ منه، استأجرته ليخرج بتجارتها، وهي التي طلبت الزواج. ولمّا رجع من الغار يرجُف فؤاده وقال إنّه خشي على نفسه، شهدت هي وشكَّ هو، فقالت له: والله لا يُخزيك الله أبدًا، إنّك لتصل الرحم، وتحمل الكَلّ، وتُكسِب المعدوم، وتَقري الضيف، وتُعين على نوائب الحقّ (البخاري ٣). ثمّ مضت به إلى ورقة بن نوفل. وكانت أوّل من آمن. وبعد موتها بسنين، لمّا عُوتب في ذكره إيّاها، قال: «ما أبدلني الله خيرًا منها، قد آمنت بي إذ كفر بي الناس، وصدّقتني إذ كذّبني الناس، وواستني بمالها إذ حرمني الناس» (أحمد، المسند ٢٤٨٦٤).
لا يحكم التصوّف من الخارج. ينظر إلى السرّ، وهو لصاحبته ولربّها وحدهما. ويرفع الحجب ولا يُقيمها. يقول ابن عربي إنّ قلبه صار قابلًا كلَّ صورة.
ما أستنتجه
الكرامة تسبق الاستحقاق. الاحترام واجبٌ ابتداءً، وما يُكتسب هو التقدير، وليس هو الاحترام. ومنعُ الاحترام عن إنسان لأجل ما هو عليه هو ما يسمّيه القانون تمييزًا.
يلتقي القانون والنصّ عند ثلاثة أمور، ولم أجد ما يفرّق بينهما. لا يتصرّف أحد في إنسان من دونه. والعبء على من يرمي، لا على من رُميت. ولا انتماء، حقيقيًّا كان أم مفترَضًا، يمنح أحدًا حقًّا على امرأة.
اللسان ليس دينًا، وهذا استنتاجي أنا. والأصل ليس حقًّا. والمولد ليس مرتبة.
ومن سخر من امرأة بما يرى منها، ثمّ طالبها بأن تُثبت ما لا يرى، فقد خالف ثلاثة أوامر معًا: لم يغضّ بصره، وسخر، وفتّش في قلب.
أوّل من آمن امرأة. هي التي تشهد وهو الذي يشكّ. لها المال، ولها الكلمة، ولها المبادرة. فلا أحد، باسم هذا التاريخ، يجعل كلمتي أدنى.
ما أحملُه لم آخذه عن جماعة. فلا أدين لجماعة، ولا حقَّ لأحد عليّ بحكم انتماء.
ما لا أجده
في الميل الجنسي، يذهب القانون أبعد ممّا أجده في النصّ. النصّ يُكرم بني آدم بلا شرط، ويمنع السخرية، ويمنع الظنّ والتجسّس. ولا يضع قاعدة عدم التمييز على أساس الميل الجنسي، ولن أُحمّله ما لا يقول. وحيث يقف التوافق، أقول ذلك، وأُقرِّر أنا. أتمسّك بقائمة قانون العقوبات كاملةً، لكلّ إنسان.
الرغبة لا تُبيح شيئًا
لا يحتجّ أحد برغبته ليفرض فعلًا على إنسان آخر. الرغبة ليست سندًا لأحد، ولا تُنشئ حقًّا على جسد.
ويقول الطبّ الشيء نفسه في الموضع نفسه. فمنظّمة الصحّة العالمية، في تصنيفها الحادي عشر، لم تعد تَعُدّ اضطرابًا ما يجري بين راشدين متراضيين. ولم تُبقِ إلّا على الإكراه: اضطراب السادية الجنسية القسرية، 6D33، قائم لأنّ الآخر لم يرضَ.
فصل القانون والطبّ في الموضع نفسه، وهذا الموضع هو الرضا. ليست الرغبة هي الخطأ. الخطأ هو الفعل المفروض.
ما أُقرِّره
أنا المرأة التي أنا، ولا أستمدّ شرعيّتي من أحد. أنا واحدة لا تتجزّأ.
طريقي طريق الباطن. لا موضع فيه للرياء. والظنون لا تُلزم إلّا من سمح لنفسه بها. والحقيقة تثبت بالأفعال، على حالها. وهذه أفعالي.
أُسمّي ما أرغب فيه، وأُسمّيه في موضعه. وموضع الحميم هو الحميم.
لا انتماء يُنسَب إليّ. ومن نسَبه إليّ فقد تكلّم عن نفسه، لا عنّي.
ليس لي إلّا خصم واحد، وليس أحدًا: تلك الآليّة التي تُصنِّف المرأة قبل أن تسمعها، وتردّ عليها قولها.
قابليّة الدحض
مَن أراني، في القانون النافذ، سطرًا يمنح أحدًا حقًّا على إنسان بسبب أصله أو جنسه أو دينه أو حالته الصحّية أو إعاقته أو ميله الجنسي، صحّحتُ في يومي.
Je traduis du français vers l’arabe l’information réglementaire et institutionnelle, et la langue de la santé et de la science, pour un public arabophone de France. La preuve se fait sur une page, sur votre propre document.